Divine Hedda, viking en Vendée

la légende CONTINUE, AVEC VOUS…

Bien incapable de tuer ma prise de guerre, je pris la décision de l’emmener à ma chaumière… j’avais déjà du mal à tuer mon bétail pour me nourrir, comment aurais-je pu enlever la vie a une aussi jolie femme, fût-elle mon ennemi…

Les jours ont passé, les semaines, les mois aussi… et ce fardeau, ce butin de guerre, qui me jetait ses repas à la figure les premiers temps, qui n’aurait pas hésité à m’égorger à la première inattention, fini par s’assagir… je la voyais, scrutant mes faits et gestes, essayant de comprendre ma façon de vivre…pourquoi travailler quand on peut piller. Son regard peu à peu a changé, je suis passé de proie à compagnon, j’eu même le droit à son prénom…Hedda.

Elle était magnifique, mon coeur de jeune paysan n’avait jamais rien vu d’aussi beau et ma timidité d’empoté amoureux finit par l’amuser… une complicité toute relative s’installa …

Une année est passée depuis cette bataille et le printemps est revenu. Je n’avais jamais amené Hedda en haut de la colline, ma colline. C’est ainsi qu’un beau matin je lui ai demandé de me suivre, sans rien lui dire. Nous arrivâmes au sommet, juste à temps pour profiter de ce spectacle privilégié, ce lever de soleil sur ce qui allait devenir plus tard, le bocage vendéen. Elle est restée droite, face au vent, le soleil a commencé à caresser son visage, lentement. Une onde de lumière a envahit la vallée réchauffant la terre et apportant son panel de couleurs rougeoyantes. Le silence de la nuit a laissé place aux premiers chants des Alouettes…

Pendant qu’elle s’émerveillait devant cet instant magique, moi, pour la première fois, je ne vis pas ce lever de soleil, le mien était là, proche de moi, mon soleil, posé sur la colline. Divine Hedda à qui j’avais donné la possibilité de partir il y a peu…elle qui avait fait le choix de rester pour mon plus grand bonheur.

Hedda est restée droite, face au vent, contemplative. Des larmes ont coulé sur ses joues, lentement, sans un mot, elle était belle, elle était fière. Je crois que ce jour-là, Hedda a compris pourquoi je n’étais qu’un simple paysan accroché à ce bout de terre. Ce jour-là, mon ennemi, conquérante de terres et de richesses a basculé de l’autre côté et s’est retrouvée conquise. Conquise par ce paysage, conquise par ma façon de vivre, conquise par l’innocence de mon coeur…

Ce jour-là, nos corps se sont rapprochés, sans crainte, pour la première fois. Le spectacle n’était désormais plus face à nous , mais c’est le soleil qui à cet instant nous contemplait pour la première fois, un moment magique pour un simple paysan, un amour naissant…

Sublime Hedda que je ne pouvais enlever de ma tête, fière et droite, un peu comme cette Yvi dont m’avait parlé Rabat l’Aigaïl. Ce jour-là, allongé sur ce mont des alouettes, je suis né une seconde fois. Mon nom est Anasthase, je ne suis qu’un simple paysan et c’est sans arme que mon combat s’est achevé par une victoire. Hedda et moi ne faisons maintenant plus qu’un. Deux coeurs si différents qui s’unissent enfin. Notre avenir allait pourtant devoir traverser, encore et encore, tant de massacres, de batailles et de craintes, un avenir tracé vers le signe des Gardiens.

Divine Hedda, viking au Mont des Alouettes en Vendée